EGOM Mayotte "Identité, Culture et Mémoire"
« Il est temps d’écrire une nouvelle page de l’histoire dans les relations entre la France et les outre-mer, où responsabilité, solidarité et ambition de progrès seront les fondements des nouvelles relations entre l’Etat et les Départements et Régions d’outre-mer » fin de citation (discours de Nicolas Sarkozy en date du 19 mars 2009 au terme duquel il a décidé l’organisation des états généraux pour les Pays d’outre-mer).
Parce que le principe de l’expression démocratique implique dialogue sans tabou, sans non-dit, écoute et compréhension mutuelle ;
Parce que la crise sociale et économique qui affecte un certain nombre de pays de l’outre-mer français témoigne de l’importance d’entendre les frustrations, les blessures, les ressentiments et les souffrances des ressortissants ultramarins ;
Parce que le système de gouvernance et les modèles d’organisation appliqués dans les territoires français d’outre-mer tels imaginés en 1946, au lendemain de la 2ème guerre mondiale, doivent être ressassés et réajustés à un contexte nouveau rasséréné,
Il nous parait naturellement démocratique et responsable que la société civile contribue à la réflexion sur la relation entre l’Etat et les pays d’outre-mer. C’est pourquoi je me permets, dans le cadre des états généraux sur les outre-mer, de vous transmettre ma réflexion et ma contribution aux travaux du groupe de travail que vous présidez, portant sur « l’identité, la culture et la mémoire ».
1. Exégèse sur le choix du thème « Identité, Culture, Mémoire » :
1.1 : la conception mahoraise de « Identité, Culture, Mémoire » :
- L’identité mahoraise puise ses sources dans l’islam tolérant, solidaire et rassembleur, ciment de la cohésion sociale.
- La culture mahoraise est un « melting-pot », issu des civilisations arabo-africaines avec une dose occidentale puisée dans le modernisme européen en raison des brassages de plusieurs communautés d’origines diverses et de l’interpénétration des cultures.
- La mémoire remonte à la nuit des temps et s’est affirmée au XIXème siècle lors de la signature du traité de cession de Mayotte à la France. Nous pensons que pour Mayotte, cette mémoire est marquée par l’engagement des Mahorais, dans les conflits armés de 1914 à 1945 lorsqu’il était question de libérer la France envahie par l’armée nazi et dans d’autres conflits d’Indochine et d’Algérie, d’une part, et d’autre part, par les corvées pénibles dans les champs de cannes à sucre, coprah et sisal dont nos concitoyens étaient l’objet.
Il semble que les trois concepts ont un lien commun dans le cas spécifique mahorais, où la cohésion sociale demeure un élément essentiel qui conditionne la coexistence pacifique entre communautés résidant sur ce territoire : c’est le sens qu’il convient de donner à ce thème « Identité, Culture, Mémoire » dans le cadre de la réflexion du groupe de travail ad hoc. Il y a donc lieu de s’interroger sur l’impact que l’Identité, la Culture et la Mémoire peuvent avoir sur la cohabitation des résidents de Mayotte, mais aussi sur la relation institutionnelle entre Mayotte et la France métropolitaine ?
1.2 : L’évolution artificielle et ambigüe de la relation entre la France et Mayotte :
L’histoire commune de Mayotte avec la France se galvanise en 1841. Sept ans plus tard, intervint l’abolition de l’esclavage.
C’est seulement en 1946, un siècle plus tard, qu’un nouveau modèle d’organisation administrative se met en place dans le cadre des relations entre le colonisateur (la France) et les colonies (les outre-mer), un modèle d’organisation certes plus humain (puisque le traite négrière est abrogée) mais soutenu par des bases socioéconomiques injustes et partiales fondées sur des rapports de dominant/dominé.
La cravache fouettant le dos du transporteur de fitako (le transporté étant mzungu), le latété imposé d’une manière coercitive, injuste et humiliante à des concitoyens sans revenus et d’autres brimades inhumaines sont des exemples typiques qui faisaient le bonheur des colons durant cette période.
Les méthodes utilisées dans la gestion des affaires publiques de l’époque ont laissé des séquelles dans le subconscient des ultramarins en général et des Mahorais en particulier, notamment dans leur mode de raisonnement et d’action, tant les brimades et les maltraitances étaient la règle, dans une société coloniale où l’expression démocratique était considérée comme un délit de la part de ce que l’on dénommait avec pudeur « les autochtones ».
La pratique de la gouvernance de l’époque a littéralement sclérosé le modèle d’intervention des responsables politiques locaux à tel point que, même l’élu, détenteur de la légitimité populaire ressent la difficulté à traiter d’égal à égal avec un partenaire de même position parce que celui-ci est « Mzungu ».
De nos jours, le cadre historique a évolué, de par l’affirmation et l’acception de la notion de l’Etat de droit. Le style d’exercice de l’autorité publique a tout simplement mué dans sa forme de mise en œuvre, le fond de la méthode étant resté comme avant.
1.3 Un modèle administratif qui rejette le particularisme mahorais :
De nos jours, nous assistons malgré tout à une situation ubuesque où les relations entre les services de l’Etat, puissance administrante, et les collectivités locales se singularisent par des rapports de force de gouvernant/gouverné, plus particulièrement en ce qui concerne la gestion de la chose publique. Bien évidemment ce fait altère la relation humaine, et de surcroit, la relation de travail entre Mzungu et Mahorais.
Les rapports de travail deviennent tièdes, souvent conflictuels : ce qui, naturellement, a une répercussion sur le fonctionnement harmonieux des institutions locales, et en tous cas, compromet l’efficacité de l’action publique sur le territoire.
Force est de souligner que dans le subconscient collectif mahorais, les concepts « Identité, Culture et Mémoire » sont respectivement synonymes de « Reconnaissance d’un mode de vie solidaire inspiré d’une civilisation arabo-africaine, Respect des valeurs intrinsèques locales, et Réhabilitation de la dignité des Mahorais par rapport à des faits anciens douloureux » mais non pas un simple principe de référence historique ou sociétale.
Nous pensons donc qu’un lien indissociable s’établit, de facto, entre la notion de l’identité, la culture, la mémoire et la notion de la gouvernance qui ne saurait se limiter exclusivement à une simple question liée à la réforme des institutions à Mayotte. Gouvernance c’est avant tout la gestion efficiente de la chose publique dans l’équité et l’égalité au sein d’une même communauté ; c’est la justice sociale et l’affirmation des droits fondamentaux de la personne humaine.
N.B : L’argumentaire développé ci-après se veut relativement sévère, mais traduit la réalité des faits qu’il convient de mettre en exergue, sans tabou et sans non-dit au risque d’être étiqueté de « contestataire, indépendantiste, raciste », ou de s’attirer les foudres d’un lobbying de « fonctionnaires » complexés, dotés du monopole de la raison et qui, au nom de l’autorité de l’Etat dont ils se réclament être les dépositaires, cherchent à nuire celui qui ose faire la critique de ce qui est considéré comme injuste ou anormal.
Avec audace et réalisme, il faudra extraire les enseignements du passé en cette phase complexe de la reconstruction de Mayotte, en ayant à l’esprit le double défi de la promotion de l’égalité en terme des droits sociaux des Mahorais et la maîtrise des bouleversements que suscitent les évolutions institutionnelles de ce pays.
L’audace et le réalisme sont une vertu qui milite en faveur de l’indulgence du propos; taire les faits c’est faire preuve de manque de courage politique, et c’est donc une faute politique.
2. Des faits historiques et mémoriaux occultés :
2.1 Un système de gouvernance d’un autre temps:
A Mayotte, le système de gouvernance, autrement dit, le mode de gestion de la chose publique, et la relation entre le pouvoir et les administrés s’inspirent des pratiques des temps anciens où le souverain jouissait d’un pouvoir exorbitant et avait presque droit de vie ou de mort sur son sujet.
L’exercice de l’autorité administrative, exprimée très souvent en relation verticale (gouvernant/gouverné) ne traduit pas nécessairement la notion de l’intérêt public, dans ce sens que, seul le volet coercitif de la décision publique prend le pas sur la noblesse d’améliorer les conditions de vie des administrés, ou d’impliquer ceux-ci dans la prise en compte de leur propre responsabilité dans la vie publique. La notion de transversalité et de dialogue social n’est pas privilégiée par la puissance tutrice.
L’absence de lien social et de pédagogie vis-à-vis d’une population qui, à 75% ne maitrise pas la langue française, n’est pas de nature à rassurer les administrés sur le bien fondé de la décision publique qui s’appliquent à eux, d’autant qu’un tel manquement s’apparente à un déni de dialogue social, ressenti à juste titre comme une violence faite à la mémoire du citoyen français qu’est l’administré mahorais.
Les responsables des Administrations centrales (services de l’Etat) doivent s’adapter au contexte sociologique du terrain et non l’inverse, faire évoluer leur méthode en tenant compte des changements institutionnels locaux et des évolutions des mentalités.
2.2. Quelques éléments qui justifient un changement radical de méthodes :
Une série d’actes, de faits, de comportements et de décisions, confrontés au quotidien, corroborent le sentiment selon lequel les citoyens français d’origine mahoraise ne sont pas au cœur de l’action publique, si des fois ils ne sont pas considérés comme des « sous-hommes » ou des « français entièrement à part »:
- Un sentiment général, inhibé certes, mais partagé par toutes les couches sociales confondues, soutient la thèse selon laquelle le représentant du Gouvernement n’a aucun lien social, humain, ou affectif avec ses concitoyens habitants sur cette île, et que, par conséquent, il semble imperméable à la réalité profonde de la difficulté de vie de ses administrés mahorais.
- La gestion des relations administratives et institutionnelles entre les structures de l’Etat et celles des Collectivités locales est fondée sur des rapports de force qui entretiennent une forme de dépendance et édifient des relations de « décideur/subalterne» ou de « gouvernant/gouverné ». Il n’existe pas de relations transversales harmonieuses entre les administrations étatiques et celles des autres collectivités publiques.
La considération faite à l’élite mahoraise et ses forces vives n’est pas à sa juste valeur. Bien souvent, le substrat local, qui a la capacité d’émerger dans son activité professionnelle, est mis en cause dans son mode de fonctionnement, dans sa compétence et même dans ses résultats tangibles du travail accomplis, de sorte que, même le cadre supérieur averti et repu d’une expérience avérée, est tenté de croire que c’est lui qui est mauvais puisque le doute s’installe en lui-même.
- Une stratégie sournoise de substitution et de discrimination des cadres locaux, menée avec habileté par le clan des «fonctionnaires», élimine les intelligences autochtones des instances décisionnelles et se singularise par un puissant lobbying qui, d’une part, dissuade toute initiative de progrès, et d’autre part, maintient le substrat local dans une forme d’oisiveté et l’exclut de son droit à l’épanouissement personnel et au développement des compétences.
- Une autre catégorie de fonctionnaires, «les fondamentalistes du droit commun», lesquels par imposture, mettent en œuvre un tas de subterfuges juridiques enveloppés d’arguments fallacieux afin de dissimuler leur incompétence à interpréter et traduire les actes légaux et la difficulté à mettre en place la panoplie des textes administratifs qui régissent le quotidien des populations.
Inaptes à imaginer des solutions légales adaptées au contexte du terrain, en mettant en valeur le volet positif du droit, ils court-circuitent le processus de réalisation de l’action publique à Mayotte, ralentissant ainsi le développement général de l’île.
Les exemples les plus criants restent ceux liés à la question du foncier (CNASEA), de l’habitat (DDE), de l’état civil (Justice/Tribunal civil), de certains droits sociaux à l’instar de la DSI des instituteurs (Vice-Rectorat), de la mise en place de l’observatoire des prix (SGAER/Préfecture) l’indexation des salaires des agents publics et de l’intégration dans les différentes fonctions publiques (DTEFP/Trésor/IEDOM).
Est-ce une méconnaissance de l’ordonnancement administratif des dossiers ? Ou alors une volonté délibérée de porter un coup au progrès de ce territoire insulaire ?
- Que des privilèges acquis, exclusivement réservés aux « fonctionnaires» originaires d’autres contrées de France (les agents publics de Mayotte étant exclus) : les contrats de séjour de deux années renouvelables. Cette méthode, alimentée par des réseaux de copinage, accentue un turn-over permanent qui nourrit et entretient la fainéantise et l’incurie administrative érigées en système à tous les niveaux des différentes fonctions publiques de Mayotte.
Au terme de ses deux ans de présence à Mayotte, le « fonctionnaire» quitte le territoire sans qu’il y ait une traçabilité ni une lisibilité de l’action publique qu’il a menée durant son séjour à Mayotte.
Cette aberration est justifiée par l’absence d’une feuille de route qui fixe les termes de références des missions assignées au « fonctionnaire » et qui précise les outils d’évaluation du travail accompli ; ceci est préjudiciable à la bonne marche des institutions mahoraises, mais surtout au développement harmonieux de ce pays, puisque sans repères et sans éléments d’appréciation du travail effectué, aucune correction n’est envisageable pour améliorer la situation.
- Le pouvoir économique de l’île échappe aux artisans locaux ; ce qui plombe la croissance des PME/PMI, élément moteur de l’économie locale.
Il n’existe aucun dispositif de protection et de soutien en faveur des artisans mahorais. Cette injustice est instituée, en partie, par la loi de défiscalisation dite «Loi Girardin » qui accorde des exonérations d’impôts et taxes à une catégorie d’investisseurs les plus nantis, bénéficiaires des « niches fiscales » dont l’économie réelle mahoraise ne tire aucune retombée.
Force est de rappeler que la loi a vocation à satisfaire l’intérêt général et pour le bien de tous; or l’on est conduit à constater que cette loi Girardin, fondamentalement partiale et d’inspiration néocoloniale (applicable exclusivement dans les TOM/DOM), favorise des intérêts particuliers qui n’ont pas d’impact économique directe sur le tissu économique mahorais et dont la population elle-même ne tire aucun bénéfice.
Les faits sont éloquents pour être convaincu que ce mode de gouvernance de type néocolonial installe dans le subconscient collectif mahorais, un sentiment de doute profond d’appartenir à une Nation française solidaire et juste, puisque l’égalité des chances devient un concept illusoire.
2.3. Une gouvernance locale apathique :
Le leadership politique local porte une responsabilité lourde dans sa manière de gérer les affaires publiques relevant de ses compétences. Insuffisamment formé au management stratégique d’une collectivité, les acteurs politiques mahorais manquent de tact et de rigueur pour accomplir les missions qui sont les leurs et sont contraints à une forme d’assistanat chronique.
Pire encore, les hommes et les femmes, soutenus par des partis politiques déstructurés (sans orientations politiques définies), pour parvenir aux affaires, semblent être obnubilés par le pouvoir, en ayant en tête le seul objectif d’accéder au rang social d’élu du village.
Une autre entorse à la gouvernance locale : c’est la logique partisane. Tous les partis politiques sans exception ont prouvé ses limites, incapables de conduire un projet politique à son terme. Certains ont implosé, d’autres n’existent que par leur sigle, ce qui confirme la faillite du modèle politique mahorais.
Certaines décisions prises par les collectivités locales s’apparentent beaucoup plus à une forme de clientélisme qu’à une obligation de subvenir aux besoins des administrés et de l’intérêt général : tel Maire distribue des subventions à une association de son quartier sans pouvoir vérifier si les fonds alloués sont utilisés à bon escient ; tel conseiller général est porteur de projet pour construire dans son village un plateau polyvalent qui servira plus tard d’abri pour les chèvres du quartier.
La classe politique mahoraise doit absolument évacuer le complexe du « dominé » pour transcender le respect séculaire mahorais transformé en peur et soumission envers le « Mzungu ». Les séquelles psychologiques laissées durant l’époque coloniale doivent céder la place à l’audace, à la bravoure et à la fierté des élus d’être utiles à Mayotte et aux Mahorais.
Le développement économique et le progrès social des Mahorais ne peuvent être conçus sur des bases et des méthodes de fonctionnement coloniales. Ceci voudra dire que les bases sociales et économiques de ce pays seront construites sur du sable mouvant.
Dès lors, la rupture avec le système de gouvernance de type colonial, tel pratiqué à Mayotte, devient inéluctable.
3. Un patrimoine identitaire controversé :
Le particularisme identitaire mahorais, caractérisé par des valeurs profondément ancrées dans l’islam [99% de la population est musulmane] mais fortement marqué par des rites animistes (soila, hédja-maka, badri, roumbou, shéngué, shigoma, outahiri …) se trouve confronté à une logique d’assimilation républicaine à forte dose laïque. Cette singularité rend complexe la cohabitation, voire même la compréhension mutuelle des modes de vie entre communautés issues d’origines diverses.
Des exemples parlants : dès sa naissance, l’enfant mahorais fait d’objet d’un cérémonial rituel de protection et de bénédiction (uwadhini) qui scelle son appartenance à la religion musulmane. Même si ce rite métaphysique, semble dénué de sens pour d’autres communautés, il matérialise une valeur intrinsèque d’appartenance à l’islam irréversible. Dans d’autres confessions, ce fait coutumier n’a pas de sens en soi, ni aucune incidence dans la vie de tout un chacun.
La conception de la mort, et les rites mortuaires qu’elle suscite chez le mahorais, n’est pas la même que celle des autres communautés : avant d’être enterré, le corps est lavé et vidé de ses impuretés ; l’autopsie n’est pas autorisée ; il est interdit d’exhumer un corps.
Il s’agit là, comme dans d’autres aspects sociologiques, culturels et cultuels, d’un fait identitaire puisé dans des pratiques ancestrales d’inspiration musulmane (arabe) à forte dose animiste (bantou).
Il y a là tout un faisceau d’éléments qui corroborent la pertinence et la délicatesse du patrimoine identitaire mahorais et qui illustre avec force les discordances culturelles et cultuelles nécessitant une approche prudente et pragmatique dans la manière de les aborder, au risque de déstructurer un modèle social façonné par les temps.
Ces sujets pourront-ils être réglementés par incantation législative ou règlementaire, selon la pratique républicaine où tout est codifié ?
Ne faudra-t-il pas s’inspirer du modèle social réunionnais où la multiplicité et la diversité des races (européens, indiens, chinois, arabes, africains, tamoules) ne transgressent pas les équilibres sociaux d’un peuple qui cohabite en symbiose, chacun avec ses propres références identitaires ?
4. Un déni de reconnaissance des services rendus à la Nation :
L’attachement des Mahorais à la paix et à la sécurité de la République fut la cause de la mort de nombreux d’enfants de ce pays qui, de par la qualité de leur dentition, de leur masse corporelle et de leur bravoure, étaient engagés sous le drapeau français dans différents conflits armés dans lesquels la France était impliquée :
- les guères de 14-18 et de 39-45 dite guères de libération,
- la guère de 1954 à Dien Bien Phu dite guère d’Indochine,
- la guère d’Algérie de 1962 avec les pertes humaines et les souffrances qu’elle a engendrées,
- certaines opérations ponctuelles de maintien de la paix aux Balkans, au Pakistan, au Tchad, au Moyen orient, en Afrique de l’ouest où des enfants mahorais sont tombés sous les feux de l’ennemie…..
Des familles orphelines entières pleurent la disparition d’un être cher qui a rendu des bons et loyaux services à la Nation sans la reconnaissance qu’un tel acte suscite. Bon nombre de Mahorais, comme d’autres, sont sans doute ensevelis aux champs de batailles à Verdun ou ailleurs et sont oubliés à jamais.
Ceux parmi ces braves hommes qui ont eu la chance de rentrer chez eux après quelques années infernales de bons et loyaux services, vivent dans une situation de précarité déplorable. Il faut citer parmi eux : M. Ali Madi Said qui a fait la guerre de 14-18, décédé en 1995 à l’âge de 105 ans, Boinali Souprit (39-45) vivant à Tsingoni et tant d’autres d’Algérie.
Les pensions dérisoires (600,00€ environ) des disparus, des blessés de guerre et des retraités sont, sinon cristallisées, du moins versées dans des délais inacceptables.
Les associations des militaires et anciens combattants, créées à l’initiative de ceux-ci ne bénéficient d’aucune aide ni assistance pour permettre l’accompagnement psychologique ou matériel des familles concernées, et par la même occasion, réhabiliter la mémoire des disparus de guère.
Par ailleurs, les personnalités mahoraises qui ont façonné l’histoire politique et culturelle de ce pays sont purement et simplement occultées. Il n’existe pas de dispositif officiel pour immortaliser les actes politiques ou culturels et leurs auteurs.
4. Quelques propositions :
Des mesures ponctuelles peuvent être prises dans le cadre des états généraux pour Mayotte. Mais pour certaines d’entre elles, ces mesures doivent avoir un caractère institutionnel pérenne, c'est-à-dire reconnues formellement et inscrites dans le marbre du Département/Région de Mayotte.
La question qui se pose est la suivante : quel travail faudra-t-il accomplir pour concilier la mémoire, la culture et l’identité locale, par référence à des faits tangibles marquée par l’histoire de la colonisation ?
Ces sujets pourront-ils être réglementés ? Comme si par incantation législative ou règlementaire, l’on peut régler tous les problèmes selon la pratique républicaine où tout est codifié ?
- Au titre de la gouvernance :
1. mettre en œuvre une politique volontariste de modernisation de la démocratie locale par l’harmonisation des conditions de responsabilisation des cadres locaux en les positionnant dans les différents niveaux décisionnels des administrations de l’Etat : ce mécanisme contribuera à atténuer les effets de la politique de substitution et de discrimination érigée en système dans les 3 fonctions publiques de Mayotte;
2. à l’initiative du représentant de l’Etat, organiser des visites dans les communes rurales, ou des réceptions périodiques afin d’amorcer un lien social et humain entre les « hauts fonctionnaires » et la population pour mieux comprendre la réalité de la difficulté de vie des administrés ;
3. développer une démarche de réhabilitation du dialogue social et de promotion de l’expression démocratique : cette démarche sera renforcée par la formation des responsables des mouvements syndicaux aux techniques de négociation et de gestion de crises et conflits en entreprise ;
4. mettre en place de manière institutionnalisée un cahier des charges fixant les termes de référence des missions assignées aux « fonctionnaires coopérants » durant leur séjour à Mayotte, en définissant les outils d’évaluation du travail accompli ;
5. affecter les ressources issues des « niches fiscales » pour financer et promouvoir la croissance des PMI/PME afin de favoriser la création d’emplois et de richesses ;
6. mettre en œuvre un plan de formation de haut niveau dans le domaine juridique, dans le domaine du management stratégique et de la prospective économique, afin de se doter des cadres compétents et expérimentés dans les grandes entités administratives;
7. assainir les rapports de travail en créant les meilleures conditions relationnelles entre les services de l’Etat et ceux du Département/Région de manière à susciter un partenariat fécond entre Etat et Département/Région, afin de juguler le climat malsain issu de la relation gouvernant/gouverné ;
8. adjoindre des cadres mahorais aux chefs de service des administrations de l’Etat dans le but de favoriser et de promouvoir la diversité et le développement des compétences ;
9. mettre à plat les lois discriminatoires (exemple la loi sur la défiscalisation) et structurer l’affectation des gains issus des « niches fiscales » pour profiter au tissu économique local (favoriser l’emploi et à la création des richesses) ;
- Au titre de la culture et de l’identité mahoraise :
1. mettre en place une régie autonome et un dispositif en charge de la promotion, de la diffusion et de la valorisation de la culture, des arts sous la responsabilité de la Direction de l’ingénierie culturelle du Conseil général ;
2. créer un observatoire des arts, de la culture et de la cohésion intercommunautaire en partenariat avec les réseaux associatifs ;
3. restructurer les écoles coraniques afin de mieux orienter les valeurs de l’islam pour les enfants et fustiger les dérives de l’intégrisme religieux ;
4. promouvoir la culture de l’écrit afin de permettre la conservation des éléments du patrimoine identitaire mahorais dans des archives répertoriées au sein d’une structure dédiée ;
- Au titre de la mémoire
1. revaloriser les pensions et indemnités des anciens combattants en les alignant à celles des homologues métropolitains de même grades et de mêmes conditions sociales sur la base de leur ancienneté ;
2. créer et redynamiser une fédération des associations des anciens combattants et retraités militaires subventionnée par le Ministère de la défense et des armées.
Cette fédération des associations aura vocation à organiser et animer des manifestions d’intérêt public dans le sens d’immortaliser la mémoire des anciens et rappeler l’histoire commune de Mayotte et la France ;
3. attribuer les noms de rue aux personnalités politiques mahoraises ayant marqué l’histoire politique et culturelle de Mayotte ;
4. ériger des monuments à l’effigie de certaines personnalités de par leur bravoure et leurs actes courageux pour Mayotte et la France ;
Chacune des propositions retenues fera l’objet d’une étude détaillée qui précisera les modalités de leur mise en œuvre, les moyens de leur évaluation, ainsi que le montage financier correspondant, si besoin était.
Toillal Abdourraquib
Conseiller à la Ville de Mamoudzou

